Manger moins de viande - Green record
Manger mieux

Pourquoi j’ai décidé de réduire ma consommation de viande (et comment)

12 avril 2019

Il y a près de trois ans maintenant, j’ai pris conscience de l’urgence environnementale que nous vivons. Enfin, il y a près de trois ans j’ai commencé mon chemin, plutôt. Ce fut une rencontre d’abord, avec un habitant de ma petite commune au cœur de la vallée du Grésivaudan en Isère. Cet ingénieur m’a partagé ses préoccupations, ses découvertes – il venait de suivre le programme de la première année de médecine… tout seul – et surtout, sa rencontre avec la philosophie des colibris de Pierre Rabhi. Si aujourd’hui Pierre Rabhi fait l’objet de plusieurs controverses, je ne peux pas minimiser l’effet qu’eut sur moi cette découverte, cette rencontre. La philosophie des colibris est toute simple : agis, fais ta part et petit à petit, nous allons faire bouger les lignes et changer les choses. Cette perspective me donna d’abord beaucoup à réfléchir, je n’avais jamais pensé que moi, toute seule, je pouvais peser dans la balance, que mes actions pourraient avoir un impact. Puis petit à petit, toutes les petites actions que j’ai adoptées au quotidien m’ont apporté de la satisfaction – pas grand chose, je ne m’applaudis pas quand j’éteins une lumière (quoique…) – puis rapidement, de l’espoir. De l’espoir parce qu’aujourd’hui, les choses changent réellement. Trop lentement, certainement, mais tout de même : le bio gagne du marché, les grands distributeurs doivent s’adapter à la désertion des grandes surfaces (oh yeah!), le climat devient un sujet central dans nos journaux et de plus en plus de gens commencent à se poser, eux aussi, la question : que puis-je faire ?

cowspiracy - comment rréduire sa consommationde viandeJ’espère que mon enthousiasme à changer mon quotidien, si puissant qu’il m’a amené à ouvrir une épicerie vrac, bio et locale dans cette belle vallée du Grésivaudan, est contagieux et qu’à travers notre belle épicerie, nous arrivons à montrer qu’une autre façon de consommer est possible, souhaitable et même hautement agréable. Alors je pourrai me dire que je fais ma part, non ? Oui peut-être, mais c’est sans compter sur le choc de ce matin. Ce matin, la boutique est fermée et je profite de cette journée pour me reposer, faire autre chose, profiter du temps qui passe en essayant de faire abstraction de cette petite voix qui dit : fais ci, fais ça, faudrait faire ci où ça. Non, aujourd’hui, je fais ce que je veux, je vis tout simplement. Bref, je ne sais pas comment c’est arrivé mais j’ai fini par me poser devant le documentaire « Cowspiracy » de Kip Andersen. Oui, vous me direz, mes loisirs ne sont pas des plus funky, j’en ai conscience, mais wôw, je ne regrette pas mon choix.

Ça fait quelque temps maintenant que je me questionne sur la consommation de produits d’origine animale. Plusieurs de mes ami(e)s sont végétarien(ne)s ou vegan(e)s, je vois bien qu’autour de moi les labels « végé » font leur apparition et j’admets que je ne me suis jamais réellement focalisée sur la question. Peut-être – sûrement – parce que je savais qu’en me penchant de plus près sur ces enjeux cela aurait déclenché en moi tout un tas de changements et que finalement, j’étais pas trop mal comme ça. Mais ce matin, j’étais prête à me lancer dans le sujet, à m’ouvrir et à accepter l’idée que je peux encore aller plus loin. Je n’ai pas été déçue. Le documentaire commence par une étude de l’impact de l’élevage animal sur notre planète, et c’est pas beau à voir.

L’élevage animal : première cause du réchauffement climatique

En 2015, le GIEC – un groupe d’experts mandatés pour fournir des données sur le climat – affirmait dans son 5e rapport qu’une réduction importante de consommation de viande serait l’équivalent de la division par deux du parc automobile mondial. Le documentaire met en avant quelques faits, très parlants, qui exposent la taille et l’impact de l’élevage animal dans et sur la planète. Au delà du fait que nous « possédons » aujourd’hui 98 % des animaux – oui, oui, seulement 2 % des animaux sur terre sont à l’état sauvage – tout ces élevages utilisent de grandes ressources pour exister : terre agricole, eau et nourriture pour les animaux, transport de l’eau et de la nourriture pour les animaux et comme il y a beaucoup trop d’élevages sur terre en comparaison des ressources, il faut aussi compter les ressources que l’on détruit – ben, oui, logique – pour pouvoir nourrir ces animaux, comme la forêt amazonienne par exemple.

À titre d’exemple, consommer 1 burger standard équivaut à prendre 1 douche sans s’arrêter pendant 2 mois. Ça fait relativiser l’impact de ma fermeture de robinet quand je me brosse les dents haha. En fait, on se focalise sur l’utilisation des énergies fossiles, à travers l’énergie et les transports, mais le méthane issu des élevages est 86 fois plus destructeur que les émissions de carbone des véhicules. Alors attention, le documentaire ne dit pas qu’il faut s’en désintéresser bien sûr, mais qu’il est étonnant qu’on ne s’intéresse pas à la cause principale de dégradation écologique : l’élevage animalier.

réduire sa consommation de viandeEn fait, l’élevage animal est destructeur à plusieurs titres, voire à tous les titres : il est responsable de 91 % de destruction de la forêt amazonienne mais il est également responsable de la folie pure des individus qui, pour une raison qui m’échappe encore, ont décidé d’assassiner ceux qui s’opposent à la destruction de cette même forêt. A l’époque du documentaire, ils étaient déjà plus de 1100 a avoir péri en protégeant leur forêt.

Côté pêche, le constat n’est guère plus réjouissant. La pêche intensive, industrielle se fait avec un énorme filet qui capture les poissons et…. tout plein d’autres animaux que l’on ne consommera pas, mais qu’on laissera mourir tranquille parce que c’est tellement plus pratique. Du coup, on observe un phénomène d’extinction d’espèces assez inquiétant pour notre biodiversité.

Existe-t-il des alternatives à l’élevage animal industriel ?

Kip Andersen va plus loin et nous propose de l’accompagner dans sa recherche d’alternatives : l’élevage « durable » ou « dans son jardin » serait-il une option ? Mais même durable, l’élevage nécessite de nombreuses ressources, rien qu’en termes de place et vu la croissance de la population mondiale, il est physiquement impossible pour la planète de continuer à ce rythme. Aujourd’hui, un Américain consomme 250 g de viande par jour alors que la planète ne peut nous en fournir que 60 g par semaine. Alors oui, on pourrait continuer sur notre lignée et pousser le vice jusqu’à produire des OGM pour élever toujours plus d’animaux dans des surfaces beaucoup plus petites. C’est ce genre de brillantes idées qui expliquent que la majorité des antibiotiques aux États-Unis sont donnés à des animaux… qui n’en ont pas besoin. Je ne suis pas experte en OGM mais j’ai l’intuition que si la planète est capable de tous nous nourrir, ce qui est le cas, il est un peu absurde de s’en passer.

devenir végétarien - réduire ma consommation de viandeBref, niveau environnement, il n’y a pas moyen de continuer à ce rythme. Mais ce que le Kip met également en avant c’est le fait que nous avons complètement coupé le lien entre ce que nous consommons et l’origine de ces produits. D’où vient la viande, le poisson que nous mangeons ? Est-ce que si nous devions tuer nous-mêmes l’animal nous accepterions de le faire ? Certains peut-être, d’autres non. Dans tous les cas, je mets quiconque au défi de regarder les vidéos des abattoirs sans avoir de haut-le-cœur. C’est comme si l’industrie – du producteur au distributeur – avait entrepris de couper tout lien entre les élevages et le steak dans notre hamburger. C’est plus pratique et, il faut l’avouer, moins glauque. Ça m’a un peu fait penser à certaines grandes marques de textile qui n’hésitent pas à faire travailler des personnes dans des conditions abjectes pour produire des vêtements à bas coûts. Ou encore à certains industriels qui financent sans scrupules des organisations terroristes et à qui on achète des produits sans sourciller. Les entreprises qui se passent d’éthique bénéficient grandement de l’opacité ambiante, de la complexité du monde actuel et, il faut le dire, de notre manque d’attention grandissant et je dois bien admettre qu’il m’arrive (souvent) de préférer regarder une série que de chercher à tracer l’éthique derrière une marque.

Bref, la question de la souffrance animale, perso, ça me touche. Je ne sais pas pour vous, peut-être que certains diront que je suis sensible mais ça me fout les boules de penser à ce que ces animaux peuvent endurer. C’est quand même normal de ressentir un peu de compassion non ? Il me semble que c’est d’ailleurs quand l’humain en manque que les pires saloperies de l’Histoire sont commises. Enfin voilà, tout ça m’a fait réfléchir et j’ai essayé de penser à tout ce que je pouvais faire, concrètement, pour prendre part au problème – enfin, à la solution plutôt -.

Comment réduire l’impact de l’élevage animal sur le réchauffement climatique ?

Lorsque nous avons ouvert notre épicerie à Crolles avec Esra, nous avons commencé par chercher des maraîchers qui cultivent en agriculture biologique autour de nous. La vallée du Grésivaudan est historiquement, comme beaucoup de régions d’ailleurs, une terre d’agriculture. Vigne, betterave, céréales, soie et même tabac : les agriculteurs ont su dompter les aléas liés à l’Isère qui passe au coeur de la vallée pour développer l’activité agricole qui perdure jusqu’à présent. Cependant, la vallée reste… une vallée et l’espace est donc limitée. Nous avons été surprises de constater que la demande de fruits et légumes bio est bien supérieure à la production. Si on résonne en termes de marché, il y aurait la place pour plusieurs maraîchers dans le coin. Pourtant, les terres ne sont pas disponibles : trop chères, gardées jalousement par des propriétaires qui espèrent leur reclassement en terrain constructible avec à la clé une plus-value démente, tout simplement manque de place ? Je ne sais pas qu’elles sont les raisons exactes de cette pénurie. Tout ce que je sais c’est que les habitants de la vallée sont prêts, eux, à consommer bio, local et de saison ! C’est donc aux pouvoirs publics de prendre le sujet en main, non ?

Pourquoi je parle de fruits et légumes ? Parce qu’une des solutions pour réduire (voire supprimer) l’impact de l’élevage animal industriel est tout simplement de moins consommer de produits d’origine animale. Mais pour cela, il faut bien avoir des alternatives non ? Cela passe notamment par des fruits et légumes frais, des légumineuses, etc.

En fait ça parait logique : lorsqu’on consomme moins de viande et de poisson – voire plus du tout – on fait des économies, on mange plus de légumes et de fruits donc plus de vitamines, on mange plus varié donc plus de nutriments, on passe plus de temps à cuisiner et moins sur Facebook, bref il y a beaucoup de positif. Je dois aussi dire que mon voyage aux États-Unis il y a 3 ans m’a beaucoup marquée. Nous étions avec mon Jules dans le sud, entre Nashville et la Nouvelle-Orléans. Ce sont des États agricoles mais également des États très pauvres. Comme nous faisions attention à l’argent, nous avons testé quelques fast-food locaux et je dois dire que j’ai rarement mangé aussi mal : gras, sans goût, la viande ne tenait même pas sur les os… Alors oui, lorsque l’on met un peu d’argent, on arrive à trouver un peu de viande goutue, mais cela signifie aussi que les plus pauvres n’y auront jamais accès. Ah oui, je précise aussi qu’une barquette d’ailes de poulet est bien évidemment moins chère que quelques légumes. Il n’est donc pas étonnant que les populations de ces États aient une espérance de vie très faible, en régression d’ailleurs, et qu’ils soient victimes de maladies cardio-vasculaires.

Bref, l’idée de réduire ma consommation de produits d’origine animale fait son chemin et ça commence à me plaire. Comme vous le savez, je ne suis pas une grande cuisinière (pas encore) alors j’ai décidé de… prendre le taureau par les cornes.

Comment réduire ma consommation de viande et de produits d’originale animale ?

Afin de réduire ma consommation de viande et de produits d’origine animale en général, j’ai décidé de me mettre à cuisiner. Bon, comme je ne sais pas faire grand chose hormis des pâtes, du gaspacho et du tatziki, il me faut de l’aide. Je viens donc de m’acheter 2 livres de recettes : un sur les légumes et un sur des recettes végétariennes. Je compte donc m’y mettre et si les livres me plaisent, je vous les partagerai. L’idée est que je puisse penser mes plats non à partir de viande ou de poisson mais à partir d’un légume. Je vais essayer de me dire, tiens, ce soir je cuisine tel légume. Et autour de ça, ajouter les féculents, les légumineuses, etc.

Au niveau des produits laitiers, ça se complique. J’avoue, je suis une fana du lait avec des krounchy au chocolat ou aux fruits rouges mais aussi du pain/fromage dans le lait (oui, j’ai des origines du Nord). Mais plus globalement, je suis une fana du petit-déjeuner. Du coup, je compte tester les alternatives comme les laits végétaux par exemple.

Ce qui est sûr, c’est que la viande ne va plus devenir un réflexe. La consommation de viande et de poisson sera réservée à quelques occasions spéciales. Je ne souhaite pas complètement arrêter, en tout cas pas comme ça, pas d’un coup, car j’avoue, j’ai un peu peur de me dé-sociabiliser et j’ai même peur que ça me manque. Je pense que c’est un peu comme pour le zéro-déchet, il faut commencer doucement, ne pas se fixer d’objectifs précis, accueillir les changements avec plaisir et laisser le temps faire le reste.

Donc voilà, je vous propose de vous partager les différentes étapes de ma transition vers une alimentation « végé ». Je suis évidemment preneuse de vos conseils, de vos bonnes astuces, de vos livres de recette, de vos systèmes pour trouver des restaurants végétariens tout ça tout ça…

Alors, vous me suivez ?

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4 Commentaires

  • Reply
    Comment devient-on un entrepreneur social ? - Green record
    12 juin 2019 at 17 h 50 min

    […] Ce fut une prise de conscience en somme. Pas tout à fait spontanée d’ailleurs. Je pense que nous sommes nombreux à vivre une transition écologique intime et nous savons tous bien que c’est un cheminement plus qu’une révolution. On commence par des discutions, des documentaires, des lectures puis petit à petit on fait des changements chez soi, dans son quotidien. Pour ma part, ma transition n’est toujours pas finie et comme vous l’avez peut-être vu, j’entame ma transition vers un mode de vie végétarien tout doucement. […]

  • Reply
    Comment devient-on un entrepreneur social ? - Green Record : vers le zéro-déchet
    27 juin 2019 at 18 h 03 min

    […] Ce fut une prise de conscience en somme. Pas tout à fait spontanée d’ailleurs. Je pense que nous sommes nombreux à vivre une transition écologique intime et nous savons tous bien que c’est un cheminement plus qu’une révolution. On commence par des discussions, des documentaires, des lectures puis petit à petit on fait des changements chez soi, dans son quotidien. Pour ma part, ma transition n’est toujours pas finie et comme vous l’avez peut-être vu, j’entame ma transition vers un mode de vie végétarien tout doucement. […]

  • Reply
    Dahl de lentilles corail aux panais - Green Record : vers le zéro-déchet
    19 août 2019 at 10 h 16 min

    […] poursuis mon aventure végétarienne en m’attaquant à une nouvelle recette : le dahl de lentilles corail aux panais et au riz. Cette […]

  • Reply
    Cake au patates douces - Green Record : vers le zéro-déchet
    19 août 2019 at 11 h 09 min

    […] aux patates douces. Comme vous avez pu le lire le mois dernier, je me suis lancée un challenge : réduire ma consommation de viande. Comme je suis très gourmande et que la viande fait partie de mon alimentation quotidienne, je dois […]

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