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Vrac en ligne : comment Loop bouscule les codes de la distribution

26 juin 2019

Le monde de l’alimentation en ligne a connu cette année son petit tremblement de terre : le lancement de la plateforme Loop. Son objectif ? Faciliter l’accès au vrac en le proposant en ligne et en emballage consigné. Concrètement, Loop est un système qui permet de consommer les produits habituels mais en emballages consignés. Loop vous livre à domicile et vient récupérer les emballages vides pour les laver.

Loop comment ca amrche - green record

Le vrac en ligne : une vraie solution pour la réduction des emballages

En 2016, j’ai imaginé « Mes courses en vrac« , une boutique en ligne pour diffuser le mode de vie zéro-déchet. Cette plateforme intégrait une partie « épicerie », livrée en emballages consignés. Au bout de deux ans d’expériences, j’ai décidé de fermer l’épicerie en ligne (un article à lire ici) mais je garde depuis un œil attentif sur les initiatives qui vont dans ce sens.

Loop : livraison de courses en emballages consignésLe monde du e-commerce est en constante évolution. Que l’on soit pour ou contre, nous consommons de plus en plus en ligne. Cela nous permet d’éviter de prendre la voiture et de « perdre du temps » dans les magasins. En réalité, nous ne sommes qu’au tout début de l’évolution du e-commerce. Tous les analystes s’accordent pour annoncer un « boom » de ce mode de consommation. L’étude Xerfi « L’e-commerce en France à l’horizon 2020 » prévoit une augmentation de 60% des ventes en ligne entre 2014 et 2020.

Il me parait donc important, voire essentiel, que les solutions plus écologiques se fassent une place dans l’univers de la vente en ligne. On ne peut pas laisser les grands industriels s’accaparer ce marché, Amazon en tête, et détruire les petits e-commerce comme ils le font avec les petits commerces physiques. Bref, le zéro-déchet doit exister en ligne.

Mais le vrac en ligne, c’est quoi ? C’est un abus de langage car le vrac en ligne n’existe pas.

Le vrac en ligne n’existe pas. En ligne, il faut parler de courses en emballages consignés. Le vrac signifie qu’il n’y a pas d’emballage et que le consommateur peut prendre la quantité qu’il souhaite. Or en ligne, la quantité est nécessairement pré-définie (sauf pour quelques sites qui proposent des solutions au gramme près) et les produits sont pré-emballés.

Maintenant que notre petite mise à jour est faite, entrons dans le vif du sujet.

Loop : bonne idée ou Greenwashing ?

TerraCycle_CEO_Tom_SzakyJe crois particulièrement au développement de la plateforme Loop. Depuis trois ans maintenant, je m’intéresse à pas mal de projets qui visent à faciliter l’accès au vrac mais je dois bien avouer qu’aucun n’arrive à la cheville de Loop. Voici pourquoi :

  • Loop est une plateforme de TerraCycle, le leader mondial du recyclage de matériaux dits « non recyclables ». Fondée par Tom Szaky, entrepreneur de talent (élu meilleur entrepreneur de moins de 30 ans pour TerraCycle par Inc Magazine), mobilisé dans le recyclage depuis 2001. Loop bénéficie donc de la logistique, de l’expérience, de la notoriété et de la solidité de l’organisation.
  • Loop a été lancé avec le soutien de grands industriels. Pour certains c’est une hérésie, pour d’autre un scandale. A mes yeux, le soutien de grands industriels est essentiel à l’avènement d’une solution qui va pouvoir convaincre le plus grand nombre. Quand on dit grands industriels, on pense notamment à Carrefour, qui devrait opérer la solution en France pour démarrer (Tesco au Royaume-Uni).
  • Loop propose des produits « grands publics ». Parmi les premiers industriels et producteurs impliqués dans la plateforme, on retrouve évidemment des entreprises engagées (coucou CoZie – la marque de cosmétique de Luizzati, blogueuse zéro-déchet que j’adore). Mais on retrouve également – avec surprise – des marques souvent critiquées justement pour leur impact négatif : Nestlé, Procter & Gamble, Danone, Coca Cola. Ces géants de l’industrie ont accepté de proposer leurs produits dans des contenants consignés et réutilisables. Pour moi, cela signifie que le zéro-déchet ne s’arrête plus au quelques illuminés (dont je fais joyeusement partie) qui essayent de convertir voisins et amis depuis plusieurs années. Le zéro-déchet n’est plus une niche.

Nous avons donc de nombreuses raisons de nous réjouir : la consommation de produits « zéro-déchet » en ligne débute. Pourtant, Loop laisse un petit arrière-goût amer.

S’adapter ou se transformer ? Le zéro-déchet ne passe pas que par l’emballage

J’écoutais Cyril Dion récemment (le co-réalisateur du documentaire Demain et co-fondateur des Colibris… Un de mes héros, en somme) qui évoquait les « solutions » au réchauffement climatique. Il explique que deux visions s’affrontent :

  • D’un côté, les adeptes de la décroissance. Pour eux, il faut tout changer, notre modèle économique est incompatible avec la réduction de notre impact. Cela implique bien sûr de consommer moins, local, de saison, de moins prendre l’avion (voire plus du tout) etc. Personnellement, j’ai de plus en plus tendance à rejoindre cette tendance même si j’essaye de garder un esprit ouvert.
  • De l’autre côté, les adeptes de l’adaptation. Le progrès technique doit nous permettre de nous adapter et d’inventer des solutions pour conserver notre confort tout en réduisant notre impact. Voiture à eau, captation des gaz à effet de serre etc. Plus optimiste et surtout plus « facile », cette option pourra convaincre plus de monde rapidement.

Mais le vrai problème aujourd’hui est bien plus large que seulement la gestion des déchets. C’est notre mode de vie qui pose problème. Alors certes, on pourra peut-être s’adapter et conserver un certain confort – notamment en termes de transports et d’habitations par exemple – mais certaines habitudes ne contribuent pas à améliorer notre quotidien.

La malbouffe, même en vrac, reste de la malbouffe

Loop - ecommerce en emballage consigne - green recordNestlé privatise des ressources naturelles en proposant des bouteilles d’eau payante. La multi-nationale ne se soucie pas de la qualité des nappes phréatiques ni de la santé des populations (voir cet article de Reporterre sur le sujet). Côté Coca-Cola, lorsque l’on sait que les enfants consomment beaucoup trop de sucres et que cela entraine de gros problèmes de santé, on se demande pourquoi ce soda a encore tant de succès.

Il est donc regrettable que la plateforme Loop ait considéré pertinent de s’associer à ces industriels (et encore, je ne les ai pas tous cités) pour lancer cette initiative. Il y a d’autres produits tout aussi grands publics qui auraient pu prendre leur place.

Pour notre santé et celle de la planète, nous devons transformer notre façon de manger. Nous consommons trop de gras, de sucres et de produits transformés qui n’apportent rien à nos corps. Je crois aussi que notre alimentation nous connecte à notre environnement. Manger des produits locaux permet de se rendre compte du terroir et des saisons, soit du temps qui passe. En somme, notre alimentation doit nous permettre de conserver « les pieds sur terre ». Je ne peux donc pas me réjouir complètement du lancement de Loop, pour ces raisons.

Pour conclure, je dirai que cette initiative est encourageante. J’espère surtout qu’elle donnera des idées à d’autres qui pourront lancer des plateformes similaires, mais avec des produits plus « cohérents ».

Je n’ai pas eu l’occasion de tester Loop – hé non, je n’habite pas à Paris – mais je suis curieuse d’avoir vos avis et retours sur ce système. Qu’en pensez-vous ? Est-ce une bonne idée ? Est-ce que démocratiser le vrac passe par ce genre d’initiatives ? j’ai hâte d’avoir vos avis !

Pour en savoir plus sur le fonctionnement de Loop, rendez-vous sur cet article de We Demain.

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